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Silvia Schütz L’efficacité de la médecine complémentaire (1)

Wirksamkeit = efficacité Comment l’efficacité est «fabriquée» de toutes pièces par la politique  et l’administration fédérale – une étude de cas à l’exemple de la médecine complémentaire. A deux reprises, la commission compétente a rejeté l’admission de quatre méthodes de médecine complémentaire dans le catalogue des prestations de l’assurance obligatoire des soins. Le département fédéral de …

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Maloney

Wirksamkeit = efficacité

Comment l’efficacité est «fabriquée» de toutes pièces par la politique  et l’administration fédérale – une étude de cas à l’exemple de la médecine complémentaire. A deux reprises, la commission compétente a rejeté l’admission de quatre méthodes de médecine complémentaire dans le catalogue des prestations de l’assurance obligatoire des soins. Le département fédéral de l’intérieur (DFI) veut néanmoins les admettre. Nous avons mené notre enquête.

Qu’est-ce qui est efficace? Une question plus compliquée qu’il n’y paraît, comme l’illustre l’expérience réalisée par le psychologue Paul Enck: quatre participants ont bu ce qu’ils pensaient être de la bière normale, alors qu’il s’agissait en réalité d’un  «placebo», en l’occurrence de la bière sans alcool. «L’un d’eux n’arrivait plus à marcher droit et à toucher le bout de son nez avec son index. Il présentait tous les signes de l’ivresse», explique d’un air amusé Paul Enck, professeur en psychologie et chercheur à la clinique universitaire de l’université de Tübingen. Pour lui, cela démontre clairement que psychisme et placebo sont étroitement liés, au sens positif comme négatif. Les personnes recevant des placebos développent les effets secondaires négatifs attribués au médicament administré. Un effet connu sous le nom d’effet nocebo (du latin, pour préjudice) familier aux personnes superstitieuses qui redoutent les vendredis  13 ou les chats noirs croisant leur route. Comment définit-on l’efficacité? Dans le cas ci-dessus des facteurs psychiques interviennent. Mais il arrive aussi que l’efficacité soit le fait de la volonté populaire ou d’un office, comme le montrent les discussions concernant l’admission définitive de quatre méthodes de médecine complémentaire dans le catalogue des prestations.

Une efficacité floue
Penchons-nous sur la pomme de discorde: les critères EAE qui figurent à l’art. 32, al. 1 de la loi sur l’assurance-maladie (LAMal). Les prestations doivent être efficaces, appropriées et économiques pour que leurs coûts soient pris en charge par l’assurance obligatoire des soins (AOS). Cela concerne toutes les prestations médicales, pas seulement celles de la médecine complémentaire. L’efficacité  doit aussi être démontrée selon des méthodes scientifiques. Il est intéressant de se pencher sur les modifications subies par le texte de loi au cours de son élaboration. Les critères du projet de loi du Conseil fédéral étaient les suivants: reconnaissance scientifique, adéquation et caractère économique. La phrase «l’efficacité doit être démontrée selon des méthodes scientifiques» n’y figurait pas. Ce qui semble banal à première vue ne l’est en rien: d’aucuns critiquaient à l’époque que remplacer la notion de reconnaissance scientifique par celle de l’efficacité ouvrait la porte à des prestations ne satisfaisant pas aux critères de la médecine conventionnelle. En 1993 Heinz Allenspach, PRD Zurich, représentait au Conseil national les experts minoritaires de la commission favorables au changement de termes. D’après lui, la nouvelle formulation ne signifie pas que des «méthodes datant de l’âge de pierre» ou les «prestations de charlatans» vont être payées par les caisses-maladie. Pour les partisans, les «études de médecine conventionnelle», soit la «reconnaissance scientifique», étaient trop coûteuses pour les traitements de médecine complémentaire, notamment car leur effet varie selon les individus. Autres arguments: l’efficacité  doit être prouvée de sorte qu’elle soit plausible pour des tiers; des considérations purement scientifiques avec des études cliniques en (double) aveugle ne sont pas nécessaires. L’expérience pratique des médecins et la tradition d’utilisation sont essentielles s’agissant de la médecine complémentaire.

Placebo ou efficace?
L’homéopathie est notamment un sujet de discorde. Jürgen Windeler, à la tête depuis le 1er septembre 2010 de l’institut pour la qualité et l’économicité dans le domaine de la santé (IQWiG) à Cologne, s’est intéressé à l’homéopathie pendant des années. Il est convaincu que le concept est désavoué. «Il n’a, à ce jour, pas été prouvé que la méthode a un effet bénéfique au niveau médical», explique-t-il. «Il n’est pas nécessaire de continuer les recherches, l’affaire est entendue». L’étude de l’ISPM Berne parue en 2005 dans Lancet constate elle aussi que «les effets cliniques de l’homéopathie sont des effets placebo». Cette étude a été réalisée selon les plus hautes exigences.

Boycott des études sur l’homéopathie
En réponse à l’étude de l’ISPM, le Dr Beat Spring de l’Institut de médecine complémentaire de l’Université de Berne regrette que les travaux dont la conception prend en compte les principes fondamentaux de l’homéopathie, et qui sont donc de ce fait acceptables du point de vue homéopathique, ne soient pas publiés dans la presse scientifique. Des études réalisées à des fins de justification, avec des méthodologies prédéterminées, ne sont pas adaptées au mode de fonctionnement de l’homéopathie et la tentative d’adapter cette dernière à la conception des études fait courir le risque d’aller à l’encontre de principes fondamentaux de l’homéopathie, ce qui pourrait avoir une incidence négative sur le succès du traitement. Le Tribunal fédéral a soutenu cette approche dans un arrêt. Le nombre de cas devrait toutefois être si élevé que «les résultats ne puissent pas s’expliquer uniquement par les mécanismes naturels ou la suggestivité du traitement (effet Placebo).»

Nous sommes confus. Mais nous percévérons dans nos recherches. A suivre…

Cet article est d’abord paru dans infosantésuisse no 1/2015.

 

 

Madame Santé est
Silvia Schütz

Je suis responsable de projet chez santésuisse dans le domaine de la communication pour la Suisse alémanique.

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